Après bien des tribulations suite à mon arrivée, j'ai trouvé une chouette maison trop grande dans un quartier sympa avec des gens cools. On m'exploite comme un forçat au boulot (je fais double emploi : maternelle à temps plein, français au collège l'après midi, cours de soutien des 5èmes en fin d'aprem, voire le soir) et quand j'ai un peu de temps je prépare mes cours, dors où alors je me promène pour découvrir la ville. J'ai trouvé un ou deux maquis sympas (bars locaux), un bon resto chinois et le stade où j'ai assisté au match de qualification à la coupe du monde de foot 2010 : Mali-Soudan. Pas que j'aime spécialement le foot, mais 30 000 maliens qui se tapent dessus dans les gradins moi je voulais voir xD et j'ai passé un super moment, en dehors du match qui était à chier.
sinon je progresse un peu en bambara, je peux dire :
ani sogoma (le g se prononce r) > bonjour (le matin)
ani tié > salut (à toute heure)
ani su > bonsoir (la nuit)
i ka kene > comment ça va ?
i mousso ka kene ? > comment va la femme ?
sogomo (ka kene) > tout/tout le monde va bien
wari > argent
m'bifè > je t'aime
Ne be taa .... la > je veux aller à .....
E be bambananka doni > je parle un peu bambara
akaguelen > c'est dur (c'est trop cher)
dobuela > baisse ton prix
ini tié > merci
je commence aussi à connaître les sommes d'argent et d'autres petites choses utiles
On m'a également attribué un nom malien : Tena Diarra. Ici le nom que l'on te donne si tu passes suffisament de temps dans le pays est fonction de la considération que l'on te porte (certains noms sont plus portés par des esclaves, d'autres par des riches). Et les maliens adorent plaisanter et se chambrer sur leurs noms.
La ville est très chouette, très verte, la saison des pluies étant quasi finie, ça me rappelle un peu l'Ethiopie. Les gens sont supers, accueillants, serviables, chaleureux, avec un sourire énorme dès que tu les salues ou leur adresses la parole.
sinon j'ai vu de plus près que je ne le souhaitais la pègre de Bamako. La promotrice de mon école est une folle psychopathe. Elle a demandé au directeur de l'école (bruno) de falsifier des documents et de truquer les comptes. Il a refusé. Elle a commandité son cambriolage (ça a été prouvé ici, le lendemain elle faisait redéposer son passeport devant sa porte, ne gardant que la thune afin de le "tenir") alors qu'il vit avec sa femme et ses deux gamines (5 et 9 ans). Puis elle a envoyé des hommes de main pendant 5 jours d'affilée tambouriner à sa porte et tenter d'entrer. Ensuite elle a graissé la patte de flics pour qu'ils l'arrêtent sous un prétexte bidon, ce qu'ils ont fait, arme au poing devant sa gamine de 5 ans. Il a pris la fuite et est venu se réfugier chez moi. Actuellement j'héberge en secret toute la famille. En secret car si ça se sait, la promotrice me renverra sûrement, voire pire vu la démonstration de talents qu'elle nous a fait jusque là. Elle a poussé le vice jusqu'à changer la carte grise de la voiture de bruno (forcément elle avait l'original suite au cambriolage) et la faire établir à son nom. Du coup lui ne peut plus utiliser sa voiture tant que la situation n'a pas été clarifiée, sous risque de se faire arrêter pour vol (de son propre véhicule, c'est énorme). Le consulat et l'ambassade ont pris les choses en main, avec avocats et tout, ça dévie en incident diplomatique ici. Elle s'est faite interdire de séjour en France ad vitam aeternam avec obligation de rendre son visa actuel et les poursuites continuent. Bruno est le 3ème directeur (en moins d'un an) à qui elle fait le coup. Le consulat fermait un peu les yeux pour des raisons financières et politiques (ils ont besoin d'une nouvelle école homologuée française ici au Mali, et la sienne est la seule structure remplissant les conditions nécessaires), mais là entre 3 changements de direction (les 3 licenciés abusivements) et 14 démissions depuis la rentrée, le consulat ne peut plus fermer les yeux. (elle a même fait jeter en prison une journée un malien qui a "osé" démissionner, ici il suffit que tu refiles un billet de 5000 -environ 7 euros- à un flic pour qu'il te coffre qui tu veux à la journée). Bref c'est la merde et pour l'instant je slalomme au milieu. Pour je ne sais quelle raison, elle m'adore alors que moi j'ai surtout cherché à l'éviter depuis mon arrivée. Mais je sais que le vent peut très vite tourner :)
Sinon, je rentre tout juste de vacances dans la région de Kayes, l'ancienne capitale, la zone la plus chaude (surnommée la "cocotte minute de l'Afrique") et la moins touristique du pays. Après avoir jarté notre guide incompétent et horripilant (ce cher Mohamed "Voilà, j'ai pas menti", vendeur de perles de son état -sisi ça existe ce métier-) que je ne pouvais plus supporter (un jour de plus et je me le faisais), on a pu profiter de notre séjour. J'ai visité le fort de Médine, datant de la fin du 19ème et dont je serais bien incapable de ressortir l'histoire tellement c'était digne des feux de l'amour (ou alors le mec qui faisait la visite était fan de séries télé). Puis je suis allée voir les chutes de Felou et n'ai pas résisté à l'appel de la baignade, si tant est qu'on puisse parler de baignade quand on nage au milieu des caïmans et qu'on fait du tobbogan sur les rochers, entraîné par les rapides. J'ai néanmoins réalisé un rêve de gosse : me doucher sous une cascade. Enfin là j'étais plutôt écrasée par la cascade vu la pression qu'il y avait. Bizarre, c'était plus glamour dans mon imagination...
Après quelques kms de piste au milieu des baobabs, nous sommes tombés sur un chouette village paumé dans la brousse qui ne devait pas souvent voir de « toubab » et qui nous a accueillis comme des rois.
Malheureusement, le lendemain, le voyage a failli tourner en eau de boudin quand le véhicule que nous avions loué pour aller voir les chutes de Gouina a eu la bonne idée de glisser sur 35m et faire ¾ tonneau. Outre le fait que notre chauffeur –prépubère avec un blouson de racing- se prenait pour Fangio à 90km/h sur de la piste, celle-ci avait été arrosée pour que les présidents du Mali, du Sénégal et de Mauritanie, venus poser la première pierre d’un barrage à Felou, ne salissent pas leurs voitures… Nous ne voudrions pas que ces messieurs aient un peu de poussière sur leur portière hein… Résultat : Nous avons dû sortir par le pare-brise avant pour aller lonnnnguement visiter l’hôpital de Kayes et le commissariat de gendarmerie… Heureusement, plus de peur que de mal, quelques points de suture, des bleus, des côtes froissées et un bel œil au beurre noir. On a fêté ça à la « perle noire », un resto typique africain où nous avons dégusté un poulet grillé accompagné de banane plantain frite. La patronne, la « perle noire » était extra et connaissait son boulot après 5 années passées à bosser au Hilton de Tel-Aviv. Le séjour s’est donc agréablement terminé par la visite du marché de Kayes. Seule ombre au tableau : la bouffe, 6 jours à manger brochettes-frites matin, midi et soir, délicieuses mais à la fin on a tous chopé une infection intestinale lol
Ahahahahahaha j'adore le Mali, on ne s’ennuie jamais :)
